sam. 24 mai 2008

JUSTE UNE FIN DU MONDE, Jacqueline MERVILLE

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LE DIRE ET PUIS SE TAIRE ?…

« Les survivants s’ennuient… »

« Les survivants  portent une utopie majeure… »

« Parler donne une sorte de pouvoir aux autres… »

J’ai lu ce livre, je ne veux prendre aucun pouvoir…

Vous comprenez ?


Je viens remercier celle qui a eu le courage de l’écrire.

Comment vais-je parler de ce livre ? Je le porte en moi depuis plusieurs semaines sans avoir pu jusque là rédiger la moindre ligne. J’avais pourtant promis. Je vais tenir ma promesse. J’essaie là, vous voyez ? « Un livre grave et superbe », « une écriture sobre et pudique » dit la quatrième de couverture… J’ajouterai pour ma part « un livre qui déclenche des hurlements de douleur, de révolte et de terreur à l’intérieur de soi ». L’identification à la narratrice est inévitable, d’emblée l’horreur des drames évoqués : un tsunami et un viol, l’un et l’autre profondément gravés dans la mémoire, l’horreur prend tout le champ de la conscience et creuse comme un acide jusqu’au cerveau archaïque. On ne peut qu’avoir envie de fuir devant autant d ‘images impensables, on ne peut pas, on reste interdits, sidérés, on ne peut que plaindre à perpétuité sans savoir, on le sent déjà, sans endosser la compassion démunie de façon permanente. Trop, c’est trop. Vous comprenez ? L’histoire est vraie, les mots sont irréels, presque incongrus, indigents, ils sont comme des morceaux d’affiche détrempés, très décollés, déconnectés des événements. Ecriture sur fond de marasme mais puissamment contenue, comment a-t-elle pu réussir cela ? …  dans un livre intelligible, cohérent, dont on peut sortir, malgré la culpabilité et la colère qui enflent , tourbillonnent jusqu’à la dernière page… Un tsunami émotionnel ! Vous comprenez ?  Quel est le point commun entre une catastrophe naturelle et une agression sexuelle ? Vous préférez vous taire ? Et bien, le point commun, c’est qu’elles arrivent … forcenées, aux mêmes personnes qui ne s’y attendent jamais, et qui se retrouvent brusquement englouties dans un univers de folie et d’irrationnel insoutenable. Si elles n’en meurent pas, elles reprennent le cours de leur vie normale qui ne sera plus jamais normale.  Ce sont des survivantes  ! Vous comprenez ?  Elle , la narratrice écrivait déjà avant , heureusement… Elle savait déjà confié aux phrases leurs ordinaires tâches d’éboueurs de la dernière chance. Elles qu’on envoie à la rescousse sur les catastrophes pour que la voix humaine ne renonce pas à décrire ce qui est vu, compris, senti, subi, mémorisé , et dans le meilleur des cas expertisé pour mieux rendre compte et obtenir quelque chose de l’ordre de la réparation ou mieux de la séparation… Oui, l’idéal serait de pouvoir mettre une barrière étanche de mots entre soi et ce qui s’avèrera pour toujours, aussi tangible qu’inimaginable, pour avoir été traversé minute après minute, avec des temps de mort à soi-même et de révolte écorchée vive. Destin sacrificiel ? Quel est l’ordonnateur ?  Pourquoi se retrouve-t-on dans une telle galère ? L’auteur se pose ( se fait poser) brièvement la question pour mieux l’évacuer. Elle cherche furtivement les indices de signes prémonitoires. Elle ne voit que des circonstances , des choix de lieu à maudire et leurs conséquences désastreuses. Oui, elle a raison : c’est  juste une fin du monde , une parmi d'autres ? Une sorte de répétition en crescendo du scénario maximal… après tout ça le Déluge ?  Pourquoi pas, après tout… Au point où on en est, c’est à dire plus nulle part, arrachés à ce qui rassurait , les autres, les proches, les maisons tranquilles, les beautés paysagères, les sentiments abordables, les habitudes de vie calibrées et les enchantements du voyage, tout ce qui réglait la vie d’avant en une partition sinon connue au moins un tout petit peu prévisible. Tout s’effondre, tout bascule en une seule ruée et à deux reprises, d’où la similitude des sensations mentales et le rapprochement des deux situations : le viol par le tortionnaire pervers, le déchaînement du Tsunami. L’impression de solitude térébrante est la même. L’instinct de survie joue à plein. Toutes les pensées s’y arriment à toute vitesse dans une distorsion paradoxale du temps. L’hébétude et l’angoisse fusionnent, il faut bouger, se laisser aider sans confiance, on remercie pourtant, on s’excuse, on minimise, on réajuste les propos à l’auditoire, on prend conscience du fossé infranchissable entre soi et les autres,  on passe en revue toutes les réponses qui sont faites et on les jauge froidement.

Avec ce livre venu, la mort se rendort derrière les épaules de la femme. Elle se retourne posément pour la contempler assoupie. Elle lui raconte une histoire où elle est le personnage principal. La mort ne répond pas, elle est sourde et muette. La mort n’a pas de regard .Sa violence est sans égale. Elle s’adresse à elle pour lui dire qu’elle n’aura pas le dernier mot. Toujours une femme en ce monde répétera à la cantonade ce que la mort gangrène de plus monstrueux par l’entremise de quelques complaisances ou de  dérèglements géophysiques. Cette femme-ci je la vois debout et vaillante. Elle est pour moi une sœur - d’écriture. Ses livres m’accompagnent désormais.

jeu. 30 août 2007

Tous les mots sont adultes

Franois_bon_tous_les_mots_sont_adul

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" Le monde qui  nous entoure

n'est peut-être pas

autant qu'on le croit

un déni à l'imagination

littéraire ou créative."

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lun. 09 juil. 2007

Je vous écoute écrire, Michèle REVERBEL

Michle_rverbel

sam. 07 juil. 2007

Erri de Luca, Œuvre sur l’eau

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Cliquer sur l'image pour rendre lisible la 4° de couverture.

*

Ce n’est pas que j’aie cessé de lire tous les derniers mois, mais plutôt subi un manque de temps . Une disponibilité paisible insuffisante pour mettre en exergue «  correctement » les auteurs que je tiens près de moi. Il s’agit d’un parti-pris  procédant d’un esprit de prospection attentive. N’aimant pas avoir la sensation de négliger ce que je regarde et apprécie, j’ai préféré ne pas « nourrir » cet espace pendant plusieurs mois. Je le reprends à mon rythme en apportant toute ma subjectivité et l’arbitraire assumé de mes choix. Au risque d’en faire sourire quelques un(e)s parmi les lecteurs(trices) je maintiens le principe de parité hommes femmes dans le silo avec une  avance équitable à chaque nouvel envoi.

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Je vous propose aujourd’hui un poème de Erri de Luca traduit  de l’italien  par  Danièle Valin :

                  

Salgo alle montagne dove metto distanza dal trabocchetto-

botola

delle tue gocce, mare. Vado su ghiaccio e neve,

sgretolo sotto I passi gli infiniti cristalli esagonali

per naufragio mi tengo la valanga e il crepaccio,

per asfissia l’ossinego che in alto si dirada e affana.

Alzo l’ultimo passo che depone in cima

dove l’oltre non e più suolo, è aria . Màim, shamàaim , acque, cieli,

l’ebraico dei dederti dalla rima risale alla sostanza comune :

      màim, shamàaim.

Siamo fatti di questo, d’acqua e aria, come le comete

ma senza ciclo di riapparizione e questo è suficiente

per sollievo e congedo.

*

*

*

Je monte sur les montagnes où je me tiens à distance de la chausse-

trape

de tes gouttes, mer. Je vais sur la glace et la neige,

j’effrite sous mes pas les infinis cristaux hexagonaux,

pour naufrage j'ai l'avalanche et la crevasse,

pour asphyxie l’oxygène qui en haut se raréfie et essouffle.

Je lève le dernier pas qui dépose au sommet

où au-delà n’est plus sol, mais air. Maim, shamaim, eaux, cieux ;

l’hébreu des déserts remonte de la rime à la substance commune :

        maim, shamaim.

Nous sommes faits de ça, d’eau et d’air, comme les comètes,

mais sans cycle de réapparition et cela suffit

comme réconfort et congé.

*

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